jumelle-malgre-moi

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Un petit besoin de parler...

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Bonsoir, je m'appelle Madline, j'ai à présent seize ans et je suis une jumelle survivante.
C'est la première fois que je parle sur un forum, ça me fait un peu peur...
Enfin... A l'âge de huit ans ma mère m'a appelé dans le salon, m'a parlé de sa grossesse, et ma dit que je n'étais pas seule, nous étions deux, j'aurais dû avoir Aurore à mes côtés, mais la mort l'a emporté à deux mois et demi. Je sais qu'elle aurait été une fille, nous étions dans la même poche, nous sommes de vraies jumelles. Je me suis énervée, j'aurais voulu le savoir plus tôt, mais j'étais une enfant. A présent je comprend. J'ai fini par grandir, puis j'ai mis cette révélation dans un coin de ma tête, j'ai oublié en quelque sorte. Je pense que ça m'aidait à avancer de ne pas avoir tout ça sur les épaules. Pendant ma scolarité au collège mon petit frère a eu quelques problèmes d'harcèlement, il a changé d'établissement, et plutôt que d'affronter le regard des autres, je l'ai suivi. Il se reconstruisait et moi aussi, il faut bien dire que j'ai souffert aussi, toute la famille en a souffert. Je me suis donc faite de nouvelles amies. J'ai rencontré deux filles, qui toutes deux ont une sœur et un frère jumeaux. Alors tout m'est revenu à l'esprit. Mais j'ai encore une fois tout remis dans un coin de mon esprit. Mais en 3ème ma tante a eu de graves problèmes de santé, mon père qui était son frère souffrait en silence, ma mère a fait une dépression, mon frère encore très fragile de son harcèlement s'en sortait comme il pouvait avec son psychologue. Je devais remplir une sorte de mission, rester droite et ne pas flancher, comme si j'étais le pilier, le dernier de la maison. Puis ma tante est décédée. Soudain je me suis sentie très vulnérable. J'ai à mon tour fait une dépression, tout ce que je retenais depuis petite est sorti, je pleurais beaucoup, je me sentais très seule, je me mutilais pour me punir. J'ai fini par arrêter de marquer ma peau, mais pendant un temps je suis devenue anorexique. Pendant toute cette période j'écrivais dans un journal. C'est à ma sœur que j'écrivais, je m'adressais à Aurore. Je lui posais des questions qui restaient sans réponses. J'y déposais mes larmes, mes pensées les plus noires. Mais ça ne me suffisait plus, j'ai commencé à me confier à une autre personne. Cette personne est un amour, mon Amour. C'est la première personne a qui j'ai parlé librement de mon mal, elle m'a toujours soutenue. Nous étions deux plaies ouvertes qui s'aidaient à survivre je dirais. L'année est passée, mon mal s'en est allé quelque temps. Puis je suis partie en Inde avec ma meilleure amie pendant cinq semaines et l'éloignement m'a fait comprendre une chose, la solitude, celle qui m'a rongé durant tout ce temps, elle venait de la culpabilité en réalité. A l'heure actuelle, je me sens toujours coupable, coupable de vivre en réalité. Je vis alors qu'Aurore non.
Ma mère m'a dit une nuit qu'Aurore était revenue car la mort de ma tante m'avait montré ce qu'était le deuil. Et aujourd'hui je n'arrive pas à surmonter tout ça. J'ai pensé à me suicider pendant quelques secondes il y a deux semaines tant mon mal me pèse, mais j'ai vite reculé à cette idée, je sais que mettre fin à ma vie la rendrait folle de rage, elle qui n'a pas eu la chance de vivre.
Mon Amour me répète qu'elle vit à travers moi, mais je n'y crois pas, je n'y arrive pas. Je n'arrive pas à vivre avec cette idée que je vis alors qu'elle non,que personne ne la considère alors qu'elle est une part de moi. Je m'énerve souvent à une réflexion de mes camarades de classe : "Thomas (mon frère) et toi vous êtes jumeaux ?" ce à quoi je réponds : "Non, il est plus jeune que moi, il a juste sauté une classe alors que moi non, haha." Cette réflexion ne me fait pas rire du tout en réalité...
Comment... Comment peut-on vivre avec ce poids sur les épaules, sur le cœur ?
Je l'ai renié un jour, j'ai cru dans ma colère que la chasser me laisserait le droit de vivre, mon Amour m'a hurlé dessus, j'ai repris mes esprits et je me suis sentie sale, honteuse. Je me sens toujours honteuse, d'ailleurs.
Mais je l'aime, j'ai besoin d'elle, pourtant j'ai mal, un mal constant qui refuse de s'adoucir...

Enfin... Merci de m'avoir laisser m'exprimer.

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Madline Bonsoir.

Ici tu peux t'exprimer autant que tu le veux et que tu en as besoin, c'est pour ca que le blog est là. Tu as 16 ans toi aussi, il y a plusieurs membres de ton âge. Par contre, je ne sais pas si c'est ta façon de l'exprimer, mais tes 16 ans sont remplis de douleurs et ca m'attriste. J'ai eu 16 ans, j'ai eu cette douleur intense. J'ai pensé moi aussi, comme beaucoup d'entre nous, retourner de là ou on vient...Mais effectivement ce n'est absolument pas la bonne idée. Tu sais si nous sommes les survivants de ce grand séisme qui a secoué notre mère, qui a fait tant de dégâts à l'intérieur, c'est parce que nous nous devons vivre en leur nom. Pourquoi eux, pas nous? On ne le saura pas, mais ils nous ont offerts la chance de vivre. Se sont-ils sacrifiés? Nous ont-ils laissé la vie? On ne le saura pas, mais tu as la chance d'avoir eu ce cadeau, alors ne gaspille plus et vis pour ta jumelle, vis pour toi à fond. J'ai commencé à vivre vers 20/21 ans. Mais je me permet de vivre sans culpabilité depuis mes 30 ans. Parce que j'ai compris que je n'ai pas poussé mon jumeau hors du nid... Si je peux te donner une chance de vivre pleinement avant tes 30 ans, j'aimerai te donner cette chance. Je vis, mais voir des jumeaux me fait mal au cœur malgré tout, ils sont ce que nous serons jamais... Mais je vis plus en paix. Le deuil? Je crois que ca ne se fera jamais vraiment pour être honnête. Ils sont en nous, nous avons leur amour dans nos tripes, pas juste dans notre cœur. Ce mal constant que tu as actuellement va s'adoucir, mais donne toi une chance, et du temps. Comme je le dis dans chaque réponse, tu peux faire des constellations, ou de l'hypnose. Tu verras que tu n'y est pour rien, cela te " soignera " ta culpabilité. Pour l'amour et le manque, ça je crois qu'il faudra conjuguer avec toute notre vie.
Madline, je te souhaite de trouver à radoucir ton cœur. N'aie pas honte de tes émotions, il faut qu'elle sortent, parfois maladroitement, mais vaut mieux qu'elle sortent.
Je ne sais pas si c'est le cas, mais aime Thomas comme ton frère, et accepte qu'Il t'aime comme sa sœur. Tu mérite cet amour là. Tu mérite ton frère. Je te dis ca, car parfois les jumeaux survivants empoisonnent leur relation avec leur seul frère et sœur à cause de cette culpabilité qui les ronge.
Tu peux revenir autant que tu veux pour poser des questions, ou juste parler. Bienvenue parmi nous.
Bon courage dans ta quête de la vie.

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Bonjour,
Je vous remercie de votre réponse et de votre accueil. En réalité ça fait un moment que je connais votre blog, je n’osais pas poster mon "histoire". Finalement ça m'a fait du bien. Savoir que nous ne sommes pas seuls me réconforte vrai dire. Merci beaucoup pour vos conseils surtout.
Pour vous répondre, mon frère et moi nous nous entendons très bien, malgré les disputes dû à nos treize petits mois d'écart. Sans lui ma vie serait encore plus vide je pense, malgré mes deux grandes sœurs. Vu que nous sommes très proches en âge nous partageons un peu les mêmes problèmes d'adolescence, nous nous épaulons comme nous le pouvons. Je suis heureuse de l'avoir à mes côtés malgré tout.
Merci encore de m'avoir répondu, cela me fait chaud au cœur, vraiment.

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Bonjour Madi,
Ton histoire me touche aussi et je te remercie pour le courage de l'avoir écrite sur ce blog.  Je viens de découvrir ce blog et cela me fait du bien d'être en contact et partager nos histoires de jumeau-survivant, avec ses conséquences.  J'ai 60 ans et enfin, je viens de faire la lumière sur ma propre histoire.  Je suis ravie qu'à ton âge tu as déjà pris conscience de tout cela et tu peux te donner les moyens de te libérer.  Ce que j'ai découvert ces derniers jour et que voudrais partager parce que très efficace pour soigner les blessures et surtout sortir de notre culpabilité, c'est de nous donner la permission d'avoir vécu, la permission de nous sentir coupables, etc ..... ce qui permet de nous accepter dans "ce qui est innaceptable" à nous yeux. Quand nous ne l'acceptons pas, c'est comme si nous renforcions encore plus ce que nous n'acceptons pas.  Une solution pour en sortir c'est de nous donner la permission, exemple :
- C'est ça et je m'autorise à me sentir coupable d'avoir survécu et je sais qu'un jour je serais libre de cette culpabilité. 
- Effectivement, je m'autorise à être dépressive et je sais que je vais m'en libérer bientôt.
- Oui, je suis mauvaise et je m'autorise à l'être en sachant que bientôt ce sera fini.
Etc .... pour tout le négatif que nous vivons et que nous voulons changer.  A chaque fois que toutes ces phrases viennent dans notre mental, il suffit de se donner la permission d'être ainsi dans notre mental, rien que dans notre mental.  Car en définitive, nous sommes bien plus que cela avec notre grandeur spirituelle. Aujourd'hui, je crois sincèrement que nous sommes "un être spirituel qui fait l'expérience terrestre pour évoluer".

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Bonjour Lucita,
Je vous remercie de votre réponse. Depuis que j'ai écrit je me sens libérée d'une certaine manière.
J'ai une amie  qui pense comme vous, qu'effectivement nous pouvons accepter d'être triste un petit moment par exemple, car il faut tout évacuer. Aujourd'hui je le comprends, et je l'accepte. Mais il est dur de l'accepter à n'importe quel moment de la journée. En face de mes proches, surtout mes amis, je m'y refuse. Mais seule, j'y laisse libre cours. Pourtant je ne me sens pas libérer pour autant. Peut être est-ce que je ne l'accepte pas encore vraiment au fond. Mais je pense réellement que c'est un bon moyen d'avancer. Je pense aussi qu'il faut le temps de l'accepter. Mais l'évolution de mes sentiments  vis-à-vis de toute cette histoire me pousse à dire que cette solution est la meilleure.
Merci encore de vos conseils.

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